La recherche actuelle en NLP repose majoritairement sur l’idée que comprendre nécessite un savoir préalablement agrégé.

Je vois une limite fondamentale : l'actualisation de ce savoir accumulé. Comme il dépend de l'homme et que l'homme se sert désormais de l'intelligence artificielle pour produire du sens, alors ce savoir se dilue de manière imperceptible. Il garde les mots, certes, mais il perd sa substance née de l'expérience de l'homme.

Avec SAM ( Système d'analyse multilingue ), je travaille à montrer que pour produire du sens,  il faut un effort de goutte à goutte ou d'itération pour arriver à l'idée et à la forme de l'idée. Le sens, s'il se veut nouveau, ne peut être puisé dans un réservoir actualisé, comme le latin est le réservoir naturel du français. 

Je crois que la matière du sens se forme d'un vide initial aléatoire, que j'ai appelé — le potentiel de sens, soit le degré zéro du processus de convergence itérative sous l'effet de contraintes universelles comme le sujet et le prédicat. Dans son Art poétique, Boileau avait décrit cette activité neuronale et cette gymnastique cérébrale sans la formaliser : "Et les mots pour le dirent arrivent aisément", "Et ne vous piquez point d'une folle vitesse".

J'ai construit SAM sur ce principe d'un vide initial non encore actualisé, qui permet au sens de devenir. Ces emporte-sens — vecteurs initiaux aléatoires non chargés de sens — permettent de se passer des difficultés  linguistiques propres à chaque langue. C'est un fait que j'ai établi dans mes articles, qui est tout à fait testable sur le site : sam.culturedesidees.com

Ce qu'il faut retenir ici est que le sens se produit à partir d'un vide, que notre cerveau actualise dans un processus d'itération discontinu. 

Je constate dans mes recherches que ce principe de construction itérative à partir du vide excède le domaine du langage. En effet, il est applicable à la musique ( yournextsong.com); il peut fonctionner avec la finance, avec la médecine et bien d'autres domaines. Toutes les fois où l'on a un état indéterminé initial qui doit converger vers une forme achevée  ou un état final quelconque sous l'effet de contraintes minimales, ce mécanisme peut opérer.

En ce sens, je pense qu'avec SAM, j'ai peut-être posé les fondements d'un paradigme nouveau : l'émergence et non le stockage comme condition suffisante pour produire du sens.